C’est une avocate exigeante, minutieuse et rompue à la négociation qui, chez Dentons, s’illustre en risques industriels et assurances. Celle qui a été désignée managing partner du bureau parisien de la firme internationale veut aujourd’hui rester proche de ses clients et penser à la relève.

"Les rencontres sont le sel de ma vie." Rencontres qui ont façonné le chemin de Séverine Hotellier. L'avocate ne vient pas d’un milieu de juristes. Quand elle a rejoint les bancs de l’université, le droit n’était pas une évidence pour la managing partner de Dentons. La robe, enfilée en 1998, si. Celle qui, pendant sa licence, était aussi inscrite à l’école du Louvre et songeait à devenir commissaire-priseur considère qu’"être avocat, cest concret". Que le domaine dans lequel elle intervient exige de "faire du droit : il est question de faute, de préjudice, de responsabilité. De répondre aux principes gouvernant le droit des obligations et de la responsabilité." Le milieu ne lui était pas inconnu lorsqu’elle a prêté serment. La spécialiste du risque industriel et de l’assurance occupait, pendant son master, un petit emploi de bibliothécaire chez Lefebvre Pelletier. Cabinet qu’elle retrouvera comme associée une petite quinzaine d’années plus tard, en 2010, après douze ans chez Hascoet & Associés.

Comme une famille

Jeune avocate, elle travaille sur le dossier du tunnel du mont Blanc. "C’était une autre dimension. Laffaire ma fait rentrer dans le grand bain." Immédiatement séduite par sa pratique, son côté technique et les échanges avec les ingénieurs, Séverine Hotellier dit avoir pu "développer un vernis technique et s’ouvrir à des compétences non juridiques". Si elle "croit aux planètes alignées", l’avocate sait aussi qu’il n’y a pas de secret : cette mère de deux enfants travaille beaucoup, "sans l’impression d’être asservie ; sans, non plus, l’impression d’avoir sacrifié [sa] vie personnelle." Séverine Hotellier s’est donné les moyens d’aller loin. Sa pugnacité a payé : élue managing partner de Dentons en 2019, deux ans à peine après son arrivée, elle parvient à jongler entre ses fonctions et ses dossiers "sans problème". Pour elle, il n’est pas question d’abandonner sa clientèle ni son métier. L’avocate est attachée aux deux. Certains de ses clients sont avec elle depuis le début. "Le milieu de l’assurance, quelque part, c’est un peu comme une famille." Loyauté et fidélité comptent.

 "On doute beaucoup, mais on finit par trouver"

À chaque changement de cabinet, Séverine Hotellier a appris en tant qu’avocate. De ses expériences, elle a retenu qu’il y avait toujours une solution : "On doute beaucoup, mais on finit par trouver." Elle doute, parce qu’"une plaidoirie suscite à chaque fois une petite appréhension, qu’on peut avoir peur d’avoir oublié quelque chose, peur de ne pas avoir été à la hauteur." Le temps a apporté à l’avocate assurance, expérience et confiance. Celle qui estime que son métier "ne l’a pas abîmée" se trouve enrichie de toutes les rencontres qui ont jalonné son parcours. Elle aime pouvoir "apprendre tout le temps, même s’il y a bien sûr des choses qu’elle souhaiterait mieux faire". Il y a déjà des choses qu’elle fait très bien : Séverine est une négociatrice aguerrie, qui réfléchit toujours à la meilleure solution, sait concilier et accepter les limites de ses points de vue. Son métier, "idéal pour entretenir la mémoire", lui demande d’établir des parallèles et des passerelles. Avec une ligne à ne pas dépasser : l’avocate repense à ses dossiers "mais ne regarde pas en arrière".

"Merci"

À la jeune avocate qu’elle était, elle dirait de ne pas penser que, dans la vie, on obtient toujours ce à quoi on pensait avoir droit. "On peut attendre longtemps." Séverine Hotellier se sait exigeante – "exigence [qu’elle] s’applique à [elle-même]" – et se réjouit lorsqu’elle a contribué à la satisfaction d’autrui. Pour elle, le temps n’a pas altéré la beauté et la valeur d’un merci prononcé par un client ou un collaborateur. Si elle n’avait pas porté la robe – "et si [elle] avait eu une voix" –, Séverine Hotellier se serait vue chanteuse, pour les émotions procurées au public, ou dans la cuisine de son propre restaurant. Pour les prochaines années de barre, elle veut transmettre et penser à la relève. Elle continuera de marcher pour aller au bureau et rentrer chez elle, – c’est "son sas de décompression" – et de marcher en montagne. Séverine Hotellier apprécie de se retrouver "seule avec [elle-même] pendant l’effort physique. Les pensées glissent, on se sent léger." L’avocate est "tous les quinze jours dans les Alpes" et prend plaisir à faire de la randonnée en ski, en raquettes ou à pied ou à s’essayer au parapente. Le reste du temps, elle lit. Son éclectique médiathèque réunit du Anna Karénine, des polars nordiques et Normal People. Et de conclure : "Quand j’attends un délibéré, je me précipite sur le dispositif dès que possible." Preuve, s’il en fallait, que Séverine Hotellier devait enfiler la robe.

Olivia Fuentes

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