Associée chez DS Avocats, Patricia Savin y dirige le département environnement et développement durable. L’avocate, précurseuse, a pris le virage vert dès ses études, inspirée par son enfance au grand air.

Haute-Savoie dans les années quatre-vingt-dix. Patricia Savin enseigne la voile à des enfants sur le lac d’Annecy et fabrique avec ses amis des snowboards en bois de façon artisanale avec "de l’eau chaude pour les incurver". Elle apprend le sens des responsabilités et à faire preuve d’autorité "sans autoritarisme". Elle s’éprend du sport et de la nature, ce qui donnera le la de son orientation universitaire. Le droit s’impose à celle à qui l’on répétait, lorsqu’elle était petite fille, qu’elle ferait une bonne avocate parce "qu’elle aimait argumenter". Le droit de l’environnement apporte la touche de vert indispensable à son cursus de juriste. Unique privatiste parmi les publicistes – "le droit de l’environnement était perçu comme un droit des collectivités locales" –, elle rétorque à ceux qui lui disent que cette matière "ne lui servira à rien" que "ça l’intéresse". Sa directrice de mémoire lui suggère d’écrire une thèse, ce qu’elle fait en trois ans et demi avec des allers-retours au ministère de la Justice pour chercher des statistiques, du "concret". Son travail porte sur le droit répressif des pollutions et des nuisances. L’enseignement qu’elle donne pendant quelque temps ne répond pas aux "questions très pratiques" qu’elle se pose. Alors, elle prête serment en 1996 et suit en parallèle une formation à l’Institut de droit public des affaires pour "rattraper" ses lacunes en droit public. Elle intègre un cabinet de droit des affaires – Moquet Borde & Associés, futur Paul Hasting –, qui, "visionnaire", cherchait un "profil compétent en droit de l’environnement et privatiste pour développer une activité de droit de l’environnement industriel". Un profil rare avant Patricia Savin.

Thé ou café

Chez De Pardieu Brocas Maffei où elle poursuit sa carrière, Patricia Savin développe "un droit de l’environnement tourné vers l’immobilier". Depuis l’époque où elle a commencé, l’avocate constate avec plaisir "une accélération de la prise en compte des enjeux environnementaux assez fantastique". Ce qui n’était qu’une "variable d’ajustement" est devenu crucial dans un dossier. Le revers de la médaille ce sont les "injonctions contradictoires" que peut générer "le millefeuille juridique", les "objectifs inconciliables". "Tout le monde est d’accord pour utiliser des énergies renouvelables mais personne ne veut d’une éolienne au bout de son jardin." C’est le "fameux syndrome NIMBY, Not In My Back Yard". Pour autant, Patricia Savin reste optimiste : "La matière de droit environnement souffre de trop de dogmatisme. Pour répondre aux trois grands défis que sont le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité, et l’épuisement des ressources naturelles, il y aura une pluralité de solutions et d’acteurs." Elle le voit à son échelle.

"On navigue en lac intérieur et on naviguera peut-être en haute mer"

La technicité des sujets qu’elle traite exige de la pluridisciplinarité, que "chacun apporte sa pierre technique, juridique et opérationnelle à l’édifice" tout en reconnaissant ses "limites". L’avocate se nourrit de ces "réflexions croisées" d’où naît la "créativité". Il faut perpétuellement "cultiver le doute". Et appliquer à soi ce que l’on dit. Alors, quand elle fonde un cabinet avec son époux, Savin Martinet Associés, elle met en œuvre les conseils qu’ils prodiguent à leurs clients. Les associés restaurent de A à Z leurs locaux en s’astreignant à une "haute qualité environnementale" – la première rénovation en Haute Qualité Environnementale certifié par Certivéa d’un immeuble haussmannien. Par ailleurs, la relation client compte beaucoup pour Patricia Savin qui insiste sur le fait qu’un avocat n’est pas "que technique", il doit également créer du "lien humain". Un besoin encore plus net depuis la crise sanitaire selon elle. Chez DS, qu’elle rejoint en 2014, elle retrouve ce lien, le cabinet d’affaires international étant un lieu où "l’on prendra toujours le temps de proposer un café ou un thé à son client". De se "poser pour parler". Côté dossiers, son arrivée au sein du cabinet d’avocats international de droit des affaires lui permet "de passer certaines barrières, notamment celle de l’international". Se concrétise alors le leitmotiv de son ancien cabinet Savin Martinet Associés, "on navigue en lac intérieur et on naviguera peut-être en haute mer".

Manaslu

On aurait pu penser que son combat pour l’écologie la rendrait un peu défaitiste. Pas du tout. Patricia Savin refuse "le climat anxiogène" qui prévaut dans certaines sphères. Elle parie sur la "conciliation des inconciliables dans notre trajectoire de société". "Les crises actuelles vont être un accélérateur de changement", selon celle qui s’interroge sur la façon de rendre la sobriété "heureuse". Et puis, en tant que mère, elle affirme n’avoir "pas le droit d’avoir peur pour [ses] enfants". Sa grande résilience lui permet de travailler très tard dans la nuit "en cachette des enfants pour qu’ils ne l’imitent pas". Cette force elle la tire de sa capacité à mener de front vie personnelle et vie professionnelle grâce à la méditation, la zumba, le yoga ou encore la natation. Des activités où elle trouve "des moments d’amitié et des respirations pour atteindre l’équilibre entre le corps, l’âme et l’esprit". Patricia Savin fait ce qu’elle aime. Elle se pose des questions en qualité d’avocate, elle se confronte aux "réalités de terrain" du haut de la présidence d’Orée, une association qui œuvre pour la biodiversité, l’économie circulaire, la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Et son mandat à la ville de Garches la rend "actrice de son territoire". Aucun sommet ne semble trop haut. Pas même le mont népalais Manaslu où elle a passé un col à 5 106 mètres d’altitude il y a deux ans.

Anne-Laure Blouin

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